ࡱ>  @ vbjbj00 RbRbPei 3~l8D>$3nn@,3.3.3.3.3.3.3$5R78lR3RRRR3g3&,,,R`,3,R,3,,r 2T2b pW5*t2243n32V86,p8282 R,T@R3R3 ,coles francophones et gouvernance: le cas albertain. Par Claude Couture Campus Saint-Jean University of Alberta Texte prsent au colloque New Frontiers in our History: 100 Years of Alberta and Saskatchewan in Confederation, A National C onference on the Teaching, Learning & Communicating the History of Canada, The Westin Hotel and Conference Centre, Edmonton, Alberta, October 28-30, 2005. Publi dans Thmes Canadiens/Canadian Issues, Hiver 2005. Lanne 2004 a vu la parution dau moins deux ouvrages importants traitant de la question des droits des francophones dits minoritaires au Canada. Le premier de ces ouvrages est de Michael Behiels, Canadas Francophone Minority Communities. Constitutional Renewal and the Winning of School Governance. Lautre ouvrage est un collectif dit par Simon Langlois et Jocelyn Ltourneau, intitul Aspects de la nouvelle francophonie canadienne. Les deux ouvrages font ressortir lvolution des principaux dossiers politiques menant aux nombreuses contradictions identitaires chez les francophones daujourdhui. premire vue, la contradiction fondamentale est entre le Qubec et les autres communauts francophones prises de faon globale. Mais y regarder de plus prs, les contradictions sont plus complexes et semblent curieusement reproduire, une chelle plus rduite, les contradictions fondamentales de lAmrique du Nord, notamment laffrontement entre une vision religieuse de la socit et une vision sculaire. Le prsent texte a pour but de faire ressortir, justement partir surtout de louvrage de Behiels ces contradictions et ensuite de dmontrer partir de lexemple de la situation des coles francophones en Alberta en gnral et Edmonton en particulier, comment certains establishments francophones minoritaires semblent reproduire les contradictions du conservatisme dominant en Amrique du Nord. Le rvisionnisme historique et la question de la gouvernance. Ancien diplm du Collge Saint-Jean, Edmonton, professeur dhistoire lUniversit dOttawa, Michael Behiels est lauteur notamment de deux livres, dont Prelude to Quebecs Quiet Revolution (1985), et le co-diteur dau moins quatre ouvrages, dont Nations, Ideas, Identities. Essays in Honour of Ramsay Cook (2000). Selon Behiels, la fin de la priode des annes 1950 et 1960, les minorits francophones et acadiennes taient en dclin sur tous les fronts: dmographiques, conomiques, socioculturels, institutionnels et politiques. Sur le plan social et culturel, par exemple, les minorits francophones voyaient sroder un rythme sans prcdent la plupart de leur point dancrage dans une identit canadienne-franaise religieuse et rurale. Pour survivre, ces communauts assiges se sont rorganises dans le but de faire face aux nouveaux dfis avec de nouvelles organisations locales et nationales tout en reconstruisant leurs identits respectives. Elles ont aussi lutt pour sassurer dune nouvelle direction politique menant de nouvelles stratgies provinciales et nationales. Reprenant la thse aujourdhui classique de lclatement de lidentit canadienne-franaise avec les tats gnraux de la fin des annes 1960, Behiels cherche montrer comment les nouvelles lites des minorits ont men paralllement la lutte pour le dossier jug prioritaire de lducation et la lutte pour la construction dune nouvelle identit. Convaincues, selon Behiels, de limportance de lcole pour le renouvellement et la croissance des communauts, les organisations francophones, donc les lites francophones souvent dcrites comme lestablishment, auraient constamment fait pression dans les annes 1970 et 1980 pour lenchssement des droits linguistiques dans la constitution de mme que les droits scolaires, y compris la gouvernance des coles. Ces objectifs tant atteints avec la Charte, les lites auraient utilis, aprs 1982, selon Behiels, des techniques de micro-constitutional politics pour convaincre les gouvernements, notamment en Ontario, au Manitoba et en Alberta, de rendre tangibles les principes de larticle 23 de ladite charte. Dans trois chapitres trs dtaills qui constituent lessentiel du livre, lhistorien dcrit minutieusement la longue saga pour la reconnaissance des droits des communauts francophones de chacune de ces trois provinces (Ontario, Manitoba et Alberta). La dcision de la Cour Suprme du Canada dans lArrt Mah, une cause initie en Alberta par lAssociation Georges-et-Julia-Bugnet, couronna de longues annes de luttes et sert depuis de rfrence quasi-universelle. Au cours des annes 1980 et 1990, les communauts francophones ont bnfici de lappui du gouvernement fdral diffrents niveaux. Dabord par lentremise de fonds disponibles aux associations de parents francophones qui choisirent la voie de la contestation judiciaire. Ensuite, par la signature dententes financires avec les provinces afin de pourvoir aux dpenses supplmentaires ncessites par les victoires juridiques des francophones et limplantation de conseils scolaires francophones. Selon Behiels, si lapproche plus militante des fondateurs de Bugnet en Alberta, par exemple, donna des rsultats importants sur le plan juridique, lapproche plus en coulisse des politiciens professionnels minoritaires permit la ralisation de ces ententes financires. Mais ces gains se firent, selon Behiels, dans un contexte de luttes politiques intenses qui culminrent lors des checs des Accords de Meech et de Charlottetown. Dans les deux cas, une conception pancanadienne du Canada, quappuyrent les minorits francophones, sopposa une conception plus rgionaliste et centre, dans le cas des francophones du Qubec, sur leur province. Il en rsulta un sens encore plus accru de dveloppement des identits particulires des minorits francophones en opposition une vision plus centre sur le Qubec. Les checs constitutionnels de 1990 et de 1992 consolidrent ni plus ni moins la volont politique des minorits de trouver des stratgies de dveloppement autonomes lintrieur de leur vision dun Canada reconnaissant la dualit linguistique. Munies de cette nouvelle volont et de la gouvernance de leurs coles, les minorits, conclut Michael Behiels, sont maintenant prtes faire face aux dfis du nouveau sicle. Malgr lintrt de ce livre, un certain malaise se dgage: si lauteur dcrit bien, voire de faon quilibre, les positions respectives des groupes plus militants, dune part, et, dautre part, des spcialistes des coulisses qui seraient plus politiciens, il narrive pas vraiment expliquer pourquoi ces derniers, au dpart satisfaits des coles dimmersion frquentes par les francophones avant 1982 (ce qui contredit en fait largument initial de Behiels dun engagement total et prcoce pour lcole francophone de la part des lites), se sont par la suite rallis vers la fin des annes 1980 au principe de la gouvernance et des coles homognes. Une analyse plus serre des causes de cette volte-face permettrait sans doute daborder le problme actuel du maintien un peu forc du caractre religieux de la majorit des coles francophones et de la difficult prouve jusqu maintenant par les coles publiques qui ne sont pas domines par une seule religion. En Ontario et en Alberta, par exemple, les lites des minorits francophones traditionnelles nont pas hsit se comporter en majorit pour empcher le dveloppement dune cole publique, non confessionnelle, un instrument indispensable pour dvelopper une francophonie diversifie. Certains croient en effet quil y a une relation entre les dbats des annes 1980 et ceux daujourdhui et quelle repose en fait sur des diffrences fondamentales de projet de socit qui transcendent largement la seule adhsion au dualisme canadien. De plus, la thse gnrale repose sur lide largement admise aujourdhui de lclatement de lidentit canadienne-franaise au cours des annes 1960. Mais tout seffondre si, linstar du regrett Robert Painchaud, on accepte lide que lclatement identitaire et le ressentiment vis--vis du Qubec remontent aussi loin que la pendaison de Riel et ont fortement imprgn les visions et crits de pionniers comme le pre Lacombe et Mgr Grandin. Comment en effet reconstruire le rcit si le point de dpart nest pas la fracture des annes 1960 mais au contraire la continuit avec un pass tiss de ressentiment et de volont autonome de dvelopper les communauts francophones peu importe ce que le Qubec fait ou ne fait pas? Certains textes dans louvrage de Langlois et Ltourneau invitent une tel questionnement. Une francophonie clate. Par exemple, des textes de Beauchemin, Frenette et Martel publis dans ce collectif, on peut dgager quatre propositions gnrales, labores par ces auteurs eux-mmes, ou tires dauteurs quils citent, notamment, Roger Bernard, Gatan Gervais, Claude Bariteau, Jean-Paul Hautecoeur, Joseph-Yvon Thriault et Claude Denis. Ces propositions sont les suivantes: 1) le Canada franais nexiste plus depuis la fragmentation des annes 1960; 2) le Canada franais na en fait jamais exist puisque dj trs fragment depuis le 19e sicle; 3) le Canada franais, au sens pan canadien, est une invention rcente de la Rvolution tranquille qui sert de repoussoir au projet de modernisation du Qubec , notamment la ralisation dune socit librale sans rcit spcifique associ un groupe en particulier; 4) enfin, lAcadie, de mme que le Qubec francophone et les minorits francophones canadiennes, font face la contradiction dune identit traditionnelle confronte lindividualisme moderne et cette autre contradiction dune mise en place dappareils institutionnels modernes mais sans contenu discursif collectif. Par ailleurs, dautres textes suggrent que la rupture des annes 1960 naurait pas t le seul fait dun abandon du Qubec, mais plutt la reconnaissance symbolique dune absence dunit que les francophones hors-Qubec et les Acadiens ressentaient depuis fort longtemps. tort ou raison, les communauts francophones et les Acadiens croient, de toute vidence, quelles ont leur tat, voire mme leurs tats: cest ltat fdral canadien et, dans le cas des Acadiens, ltat provincial du Nouveau-Bruswick. Ces communauts, depuis leur Rvolution tranquille des annes 1960, ont constamment utilis les ressources de ltat fdral et, dans le cas des Acadiens depuis Louis Robichaud, de ltat provincial au Nouveau-Brunswick, pour se doter dinstitutions qui leur permettent de perptuer une dynamique de rsistance qui na jamais t la seule remorque du Qubec. Do cette perception, sans doute, daccs ces leviers tatiques qui les protgent contre les abus, rels ou anticips, de la majorit anglophone. Mais peu importe la perspective analytique adopte, la question scolaire en tant que dynamique de rsistance reste la dimension fondamentale et le cas albertain un modle deux dimensions. La question des coles francophones: le cas albertain . Imitant le modle manitobain, lenseignement du franais avant 1976 fut limit une peau de chagrin en Alberta ou la ralit des coles dimmersion. Lanne 1982 alla tout changer. Adopte en 1982, la Charte des droits et liberts ,en vertu de larticle 23, permit aux francophones dobtenir au moins le principe des coles homognes franaises. En fait, un an avant que la Charte des droits et liberts ne soit adopte, des parents francophones commencrent discuter entre eux des effets nfastes de lcole dimmersion. Jean-Claude Mah et Angeline Martel furent les premiers faire des dmarches auprs des parents francophones en Alberta pour les mobiliser. Cette mobilisation saccrut avec la Charte de 1982. Lassociation Bugnet fut forme par neuf parents, dont Jean-Claude Mah, Angline Martel et Paul Dub. Une premire cole, qui ntait pas confessionnelle, lcole Georges-et-Julia Bugnet ouvrit en 1983 aprs quune dcision de la Cour du Banc de la reine eut reconnu le droit une cole francophone indpendante. Malheureusement, cette cole dut fermer et fut remplace en 1984 par lcole Maurice Lavalle, dorientation catholique. Aprs certaines hsitations, voire mme une opposition farouche, contredisant, incidemment, la thse de Michael Behiels, les lites franco-albertaines contrlant lAssociation canadienne-franaise de lAlberta appuyrent en fin de parcours seulement le projet. Il a fallu attendre la dcision de la Cour Suprme dans lArrt Mah en 1990 pour que les francophones obtiennent enfin la reconnaissance du droit de gestion de leurs coles. Larrt Mah posa plusieurs principes importants dont celui du droit la gouvernance de leurs coles pour les francophones en vertu de larticle 23 de la Charte de 1982 de mme que le principe selon lequel une majorit ne peut parler de labsence de demande dune minorit pour un service quand cette mme majorit a supprim la demande. En somme, aprs 1990, le principe de la Charte ayant t confirm par la Cour Suprme, il a fallu organiser la gouvernance des coles. Le systme mis en place ncessita un amendement au School Act albertain qui fut adopt en 2002. Ainsi, cinq conseils scolaires rgissent maintenant les coles francophones: le Nord, le Nord-est et le Centre-Nord (qui comprend Edmonton) sont des conseils scolaires dits mixtes, composs dcoles catholiques et dcoles publiques; dans le Sud, on trouve deux conseils, lun public et lautre spar catholique. Cette structure mane dun rapport prpar en 2001 par un comit prsid par le dput de Bonnyville-Cold Lake Denis Ducharme. Dans ce rapport, lvidente proccupation des auteurs, confirme par un avis juridique de lavocat ontarien P. S. Rouleau, tait de sassurer des droits constitutionnels des catholiques en vertu des consquences de linterprtation donne par la Cour Suprme larticle 23 de la Charte. Il en rsulta, notamment dans la rgion du Centre-Nord, une situation tendue en vertu de la minorisation artificielle dune cole publique par une majorit religieuse, dans ce cas-ci catholique, dans un conseil scolaire dit mixte. En effet, alors quen Ontario o lon cra des conseils scolaires mixtes dans les annes 1980, la parit entre le secteur confessionnel et le secteur catholique fut assure, en Alberta, il fut dcrt que la majorit tait catholique. Sans vouloir insinuer que la structure impose dans le Conseil scolaire du Centre-Nord dnote une absence de valeurs chez les catholiques, le fait est quen vertu de la Constitution canadienne et de larticle 93 de cette constitution, la structure mixte du Conseil scolaire du Centre-Nord ne respecte ni lesprit ni sans doute la lettre de cet article. Dailleurs, les sections 212, 212.1, 221, 255, 255.1 du School Act albertain, tout le moins, refltent ce principe de larticle 93 de prvoir un espace public lcole pour ceux et celles qui ne veulent dun monopole religieux impos leurs enfants. Or, le rapport Ducharme, justement, voquait diffrents scnarios de structures mixtes sans jamais par contre srieusement considrer la possibilit que les deux entits, publiques et spares, puissent tre autonomes, donc gales, dans leur sphre de gouvernance. Les auteurs du rapport Ducharme ont sembl uniquement proccups, comme nous lavons dj fait remarquer, par les droits constitutionnels des catholiques alors que la question des droits des parents publics nest jamais srieusement traite, voire mme envisage. Dailleurs, il est intressant de noter que lavis juridique de lavocat P.S. Rouleau (aujourdhui juge) accompagnant le rapport Ducharme ne porte que sur les droits des catholiques par rapport larticle 23 de la Charte. Forcment, le fonctionnement actuel du Conseil scolaire du Centre-Nord ne permet pas une parit et minorise le secteur public laissant grande ouverte la question fondamentale suivante: o sont les droits des francophones du Conseil scolaire du Centre-Nord, pourtant garantis par la Constitution du Canada, qui veulent une gouvernance de leurs coles libre de tout monopole religieux? Pour linstant il ny a aucun espace de gouvernance o les francophones qui veulent une cole ou des coles publiques Edmonton puissent exercer leur pouvoir sans ingrence de llment catholique. Plus troublante encore est la disposition de la loi de 2002 concernant le School Act qui permettrait aux catholiques, dans la structure mixte du Conseil scolaire du Centre-Nord, dvoquer leur droit la sparation si le total des enfants publics atteint 30% du total des enfants des coles du Conseil scolaire. La situation est donc la suivante: llment public du Conseil scolaire mixte, au nom de lunit de la communaut, doit accepter dtre minoritaire dans une gouvernance majoritaire catholique sans le droit la sparation et la parit, mais les catholiques eux ont le droit de se sparer avant mme de devenir minoritaires. Cest une situation absurde, pensent certains, qui semble rvler une certaine hypocrisie de la part de ceux et de celles qui dfendent la structure actuelle au nom de lunit de la communaut. Do lide que la thse de Michael Behiels sur la dvotion des lites minoritaires la cause de la gouvernance des coles est suspecte. Pour linstant, il semble au contraire que les lites dEdmonton, aussitt quelles ont obtenu gain de cause, adoptrent une position de majoritaire et tentrent par tous les moyens de freiner la croissance du secteur public. Par ailleurs, le rapport Ducharme et diffrents sondages raliss en 2001-2002 et 2004, cits par Claude Duret, ont rvl que 23% des parents francophones ayant des enfants dans le rseau dcoles du Conseil scolaire du Centre-Nord sont non-catholiques. Les auteurs du rapport Ducharme et les dfenseurs de la structure actuelle ont au demeurant tout difi partir du fait que la majorit est catholique. Cependant, ces tudes sur la composition religieuse ou non-catholique des parents reposent uniquement sur lorigine religieuse des parents, et non sur la pratique religieuse ou, plus fondamentalement encore, sur le choix dun systme dcoles et de gouvernance qui ne soit pas monopolis par une religion. Dailleurs, selon une tude produite en 2002 pour le Commissariat aux langues officielles, peine 50% des ayants droit parmi les minorits francophones du Canada se prvalent de leur droit lcole franaise. Selon la mme tude, en Alberta, des centaines de parents prfrent envoyer leurs enfants en immersion franaise dans le systme public anglophone. Or rappelons encore une fois un aspect fondamental de lArrt Mah savoir quune majorit ne peut voquer une absence de demande de service de la part dune minorit lorsque ladite majorit a supprim loffre de service. En dautres mots, la seule faon de vraiment mesurer le pouls de la communaut publique sera doffrir une vritable gouvernance publique des coles. ce stade-ci, deux options semblent possibles pour la communaut publique, dont une partie significative est compose de Canadiens issus de limmigration, notamment des pays arabes et africains: 1) afin justement de maintenir lunit de la communaut, les catholiques se doivent daccepter la parit de la gestion dans une structure dite mixte; ce qui voudra dire un nombre gal de conseillers scolaires et deux superintendants, lun catholique et lautre public; 2) si les catholiques refusent, le seul recours sera sans doute pour la communaut publique sera la contestation judiciaire et ventuellement ltablissement dune structure identique la structure tablie dans le sud de la province avec un conseil scolaire public et un conseil scolaire spar catholique. Si la situation dgnre ce point, comment expliquer le comportement majoritaire des lites traditionnelles franco-albertaines. Pour esquisser une rponse cette question, nous proposons de voir de plus prs un angle danalyse qui jusqu maintenant a t peu explor. Le malaise de la modernit. La thse du philosophe Charles Taylor sur linscurit cre par la modernit devrait tre mise en relation avec louvrage paru en 2004 de Grabb et Curtis qui distinguent quatre rgions idologiques de lAmrique du Nord, savoir: le Nord des tats-Unis et le Sud, le Canada et le Qubec. Ainsi, ces auteurs ont voulu vrifier les diffrences de valeurs et de croyances dans ces quatre rgions en compilant des rsultats de sondage sur les thmes suivants: les enjeux moraux (religion, famille et la criminalit), lindividualisme et le collectivisme, linclusion sociale et la tolrance envers les minorits, les attitudes politiques et lengagement communautaire. Grabb et Curtis en arrivent aux observations suivantes: lAmrique nest pas exceptionnelle parce que le Nord des tats-Unis et le Canada partagent des valeurs communes qui les situent au centre-droit de lchiquier politique et idologique. Pour leur part, aprs un pass commun dhritage traditionnel et autoritaire, religieux et conservateur, le Sud des tats-Unis et le Qubec sont aujourdhui aux antipodes, le Sud tant toujours droite alors que le Qubec est nettement gauche mme par rapport au Canada et au Nord des tats-Unis. Les Qubcois seraient systmatiquement plus libraux (au sens amricain du mot libral) que les autres Nord-Amricains sur les questions touchant les droits des femmes, des homosexuels, la participation politique, voire mme lintgration et la tolrance vis--vis les immigrants. Michael Adams, dans une autre tude, avait mme t jusqu dcrire le Qubec comme la premire socit post-moderne du monde. Grabb et Curtis sinsurgent contre cette description mais reconnaissent le caractre trs libral du Qubec daujourdhui. En fait, pour eux, en raction un pass colonial traditionnel et autoritaire, le Qubec depuis les annes 1960 a t trs engag dans ltablissement de valeurs librales. Ils crivent: we have found () that, in many ways, Quebec and the southern United States are really quite different from each other. These clear divergences, which we have already seen in such area as religion, sexual morality, and criminal activity, are also apparent if we consider issues related to the role of the State. In fact, most research indicates that, in relative terms, the American South ranks as the polar opposite to Quebec.. . Ils continuent: Taken together, this previous body of research generally suggests that, in all of these topic areas, Quebecers are the most liberal or least traditional population in the two nations, followed by English Canadians, northern Americans and southern Americans . Cela dit, bien quintressante, lide en effet de distinguer entre le Nord et le Sud semble plus ou moins adquate si lon examine les rsultats lectoraux de 2000 et de 2004 aux tats-Unis. En fait, le clivage rgional qui ressort de ces rsultats est un clivage entre, dune part, le Centre, cest--dire le midwest et le sud-est, et, dautre part, les ctes de la Nouvelle-Angleterre et du Pacifique, plus la rgion de Chicago. Le Centre et le Sud-Est sont massivement rpublicains alors que les ctes Est et Ouest et une certaine partie des Grands Lacs, sont dmocrates. Au Centre et au Sud-est des tats-Unis se trouve un bloc dune trentaine dtats (sur 50) qui sont solidement rpublicains et qui constituent la majorit politique aux tats-Unis. De plus, lemprise de la religion dans ces tats est effarante. Au niveau national, aux tats-Unis, 60% des gens croient que la religion est importante, contre 30% au Canada mais 10% seulement au Qubec. Dailleurs, ce nest pas ncessairement pour leur matrialisme que les Amricains sont excrs mais bel et bien pour leur fanatisme imprialiste et religieux, autre indice de la situation un peu en porte--faux de la perception de certains intellectuels du Canada francophone, de Lionel Groulx Joseph-Yvon Thriault, qui ont vu et continuent voir dans lexprience amricaine une barbarie matrialiste. Au contraire en rponse sans doute aux malaises de la modernit, le conservatisme religieux amricain exprime la profonde inscurit notamment des classes moyennes. En somme lattachement la religion, loin dexprimer une vision pan canadienne, pourrait exprimer au contraire de la part des lites des minorits francophones un comportement politiquement majoritaire et dominant en Amrique daujourdhui. Conclusion. la lueur de ces observations, nous voulons suggrer trois propositions ou contre-thses la thorie de Michael Behiels sur les minorits francophones canadiennes: 1) Contrairement ce que soutient Behiels, les lites tratitionnelles nont pas initi la lutte pour la gouvernance des coles. Par contre, aussitt que cette gouvernance fut acquise, elles se sont dcrtes en majorit頻 religieuse, freinant ainsi, notamment en Ontario et en Alberta, le dveloppement dune francophonie diversifie. 2) Ce faisant, elles ont dvelopp non pas une vision pan-canadienne, librale et trs influence par une culture politique fonde sur les principes de la Charte canadienne des droits et liberts, mais au contraire une vision religieuse et conservatrice, linstar de la mosaque des petites communauts du Centre amricain dont lensemble forme une majorit politique. 3) En dautres mots, lespace politique et identitaire dominant des franco-albertains nest peut-tre pas ncessairement celui des minorits francophones, mais plutt celui du conservatisme du Middle West nord-amricain. Si tel est le cas, il serait intressant de dvelopper un programme de recherche sur les lites des minorits francophones en fonction de cette dimension.  Michael Behiels, Canadas Francophone Minority Communities. Constitutional Renewal and the Winning of School Governance, Montreal\Kingston, McGill\Queens Press, 2004, 480p.  Simon Langlois et Jocelyn Ltourneau (dir.), Aspects de la nouvelle francophonie canadienne, Sainte-Foy, Presses de luniversit Laval, 2004, 290 p.  Michael Behiels, Op.Cit., p. 64.  Ibid., p. 174.  Ibid., p. 323.  Ibid., chapter 7.  Id.  Id.  Robert Painchaud, Un rve franais dans le peuplement de la Prairie, Saint-Boniface, ditions des Plaines, 1986, 303 p.  Jacques Beauchemin, De la nation lidentit酠, p. 165-188; Yves Frenette, Lvolution des francophonies canadiennes, p. 3-18; Marcel Martel, Le dbat autour de lexistence et de la disparition du Canada franais, p. 129-146.  Ibid, p.153.  Paul Dub, Op.Cit., p. 711.  Ibid.,  Province of Alberta, School Act, Edmonton, Queens Printer Printer, 2002, 280 p.  Ibid., p. 155-161.  Denis Ducharme (pres.), Catholic Francophone Governance Advisory Committee. Recommandations for Legislative Change, Edmonton, February 2001.  Claude Duret, Lettre aux parents, Edmonton, 28 juin 2005, et Letter to Minister Gene Zwozdesky, 20 juin 2005. 1. Commissariat aux langues officielles, tude spciale. Droits, coles et communauts en milieu minoritaire: 1986-2002. Analyse pour un amnagement du franais par lducation, 2002.  Charles Taylor, Le malaise de la modernit, Paris, Aubier, 1994, 150 p.  Edward Grabb, James Curtis, Regions Apart. The Four Societies of Canada and the United States, Don Mills, Oxford University Press, 2004, 320 p.  Michael Adams, Fire and Ice: The Myth of Value Convergence in Canada and the United States, Toronto, Penguin, 2003.  Grabb et Curtis, op.cit., p. 174.  Ibid., p. 149.  Among Wealthy Nations, U.S. stands alone in its embrace of religion, The Pew research Center for the People and the State, December 19 2002,  HYPERLINK "http://people-press.org/" http://people-press.org/. Voir aussi: Religion in Canada, Statistics Canada, Cat. #93-319.  Pour un aperu dune perception ngative, oppose celle de Grard Bouchard, des Etats-Unis, curieusement sans rfrence importante aux dbats amricains et canadiens sur lamricanit, voir: Joseph-Yvon Thriault, Critique de lamricanit. Mmoire et dmocratie au Qubec, Montral, Qubec\Amrique, 2002, 350 p. 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