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La Francophonie torontoise, une minorité dans une majorité de minorités

Notes pour une conférence de Yves-Gérard Méhou-Loko à l'occasion de la célébration de la Journée internationale de la Francophonie, organisée le 20 mars 2015 par le Comité consultatif communautaire francophone du chef de police de la ville de Toronto.
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Mme Marie-France Lalonde, adjointe parlementaire de la ministre déléguée à la Francophonie,

M. Alok Mukherjee, président du Conseil d'administration du Service de police de Toronto,

Chef William Blair,

Membres du Comité consultatif communautaire francophone du chef de police,

Distingués invités, chers amis et collègues,

C'est vraiment un plaisir pour moi d'être parmi vous aujourd'hui.

Je suis habituellement perplexe lorsqu'il s'agit de souligner une journée internationale ou nationale pour une cause. D'ordinaire, il s'agit de défendre quelque chose qui est menacé de disparition ou encore une maladie.

La francophonie est-elle menacée ? Oui.

Permettez-moi de débuter cette présentation par une citation d'Anatole France :

« La langue française est une femme. Et cette femme est si belle, si fière, si modeste, si hardie, touchante, voluptueuse, chaste, noble, familière, folle, sage, qu'on l'aime de toute son âme, et qu'on n'est jamais tenté de lui être infidèle. » (Citation d'Anatole France, Crainquebille)

La question de la menace et de la survie de la langue française est récurrente dans son histoire. Ainsi, depuis la mondialisation des idées et, plus particulièrement, des individus, le français se sent menacé. Je devrais plutôt dire que plusieurs intellectuels francophones semblent avoir développé la crainte de voir cette langue disparaître.

Mon point de vue sur cette question est que le français, comme toute langue, évolue dans le temps et dans l'espace. Ainsi, si nous faisons une courte comparaison avec la langue anglaise, force est de constater que cette dernière a évolué considérablement depuis les écrits de Shakespeare. Dans l'histoire, l'anglais a voyagé dans l'espace quittant les Îles britanniques pour se répandre en Amérique du Nord, en Asie, en Inde et en Afrique. Depuis, la langue de Shakespeare n'est plus la même; elle s'est adaptée au contact de ces nouvelles populations et s'est surtout métissée.

Pour ce qui est du français, le métissage semble plus difficile à accepter. La résistance est farouche. Elle semble surtout liée au fait que certains estiment que le métissage ne viendrait pas d'une rencontre avec de nouvelles cultures francophones, mais plutôt de l'anglais et de son hégémonie culturelle. D'ailleurs la suprématie de l'anglais dans le domaine technologique fait peur aux intellectuels francophones. Le sénégalais Cheickh Anta Diop disait: "l'imaginaire du monde francophone sera toujours confisqué par celui qui détient momentanément la suprématie technologique".

Le français dans le contexte torontois

I'm sure everybody here is proud of Toronto's diversity. It is a fact well known now that Toronto is one of the most multicultural cities in the world. Toronto, with a population of 2.8 million people (5.5 million in the GTA - Greater Toronto Area) is one of the most multicultural cities in the world and is ranked as the safest large metropolitan area in North America by Places Rated Almanac.

Diversity means many things.
For instance:
• Over 140 languages and dialects are spoken here.
• Half of Toronto's population was born outside of Canada, up from 48 per cent since 1996.
• 47 per cent of Toronto's population, 1 162 635 people, reported themselves as being part of a visible minority

It is very easy to recognize somebody from a visible minority:

Ce que vous ne voyez pas, c'est que je suis aussi une minorité audible.
Quelques chiffres:
125000 francophones à Toronto.
5% de la population ontarienne, soit plus de 611 000 personnes, sont francophones, sans compter le nombre de francophiles.

• Toronto remains a mosaic of many languages. In 2006, forty-seven percent of the population had a mother tongue in a language other than English or French.
• The top 5 mother tongue languages in 2006 were:
o Chinese (420,000)
o Italian (195,000)
o Punjabi (138,000)
o Tagalog (114,000)
o Portuguese (113,000)

Les défis de la langue française à Toronto:

The demography of Toronto is evolving at a very high pace. It is actually very difficult to keep up with it. As members of the police forces, you know more than anybody the difficulty caused by the multiplicity of languages and cultures in our city. When you are dealing with a person in distress, their mother tongue has the tendancy to take over English or French, and than problems begin.

The French language community is a minority in Toronto. A minority within a majority of other minorities.
420 000 personnes parlent chinois (mandarin et cantonais).
195 000 parlent italien.
C'est plus que le nombre de personnes qui parlent français.

Cependant, nous sommes au Canada, un pays qui fait du français et de l'anglais ses deux langues officielles. Nous ne débattrons pas ici du statut des langues autochtones, c'est un autre débat.

2015 marks the 400th anniversary of the francophone presence in Ontario. Since Champlain first came to what is known as Ontario, the francophones of this province have battled to keep their culture and their language. Believe me, this has been a long journey for them.

Les multiples vagues d'immigration, les guerres, les conquêtes, les défaites auront ainsi façonné l'histoire des Franco-Ontariens. Dans leur histoire, les francophones de l'Ontario ont eux aussi connus l'immigration, mais pendant longtemps l'immigration n'a pas amené de francophones en Ontario amenuisant progressivement le poids de cette population sur la démographie ontarienne. Ainsi, si les Franco-Ontariens représentaient plus de 10% de la population au début du 20ième siècle, ils ne représentent aujourd'hui que 5% de la population de la province.

While immigration over the years helped build a strong anglophone culture in Ontario, the number of francophones immigrants was very limited during more than 350 years in this province. We all know that the key to the well-being of a community is the education of its youth. That as been a huge hurdle for francophones through the years in Ontario, and Toronto makes no exception.

In the early 20th century, Franco-Ontarians established a French-Canadian Education Association to promote bilingual education for their children. But, by 1912, opposition to bilingual schools was growing.
.
The Protestants didn't like the idea because it was "un-British" to be anything other than English-speaking and Protestant. The Irish Catholics didn't like it either because, although they wanted Catholic schooling, they wanted it in English.

So, Ontario Premier James Whitney dealt with the issue by introducing Regulation 17 which made English the official language of education and restricted French to the first two years of elementary school. In 1913, it was changed slightly to allow one hour of French teaching a day.

What was the impact of such a decision on the French language and French culture in Ontario ?

Le français dans le Toronto de 2015

Depuis quelques décennies, la situation du français a aussi évolué à Toronto. Ainsi, si l'immigration a permis une forte croissance des autres communautés composant le paysage démographique de la métropole du Canada, il a fallu attendre très longtemps avant de voir une croissance marquée de l'immigration francophone en Ontario et à Toronto en particulier.

Over the past 20 years, the number of francophone immigrants has rised significantly. It is important to understand the reasons of that sudden rise and why francophones want to move here.

Premièrement, il est important de constater que des mesures facilitant l'immigration francophone ont été mises en place par les différents paliers de gouvernements. The provincial government wants to make sure that at least 5% of the immigrants who move to Ontario are francophones. That 5% represent the present proportion of francophones in the province.

Economy has no language. Le dynamisme économique de la province attire lui aussi les immigrants francophones.

The francophones themselves. They have created over the years a far reaching network of francophone services in Ontario that now gives us the possibility to live in our language in this province but also to raise our children in French as well.

Les défis de maintenir cette langue dans le paysage torontois

The French language and the French culture do face some challenges in Toronto. Comme je le mentionnais plus tôt, le français est une langue minoritaire à Toronto. La diversité culturelle de Toronto, si elle est perçue comme la force de notre grande ville, est aussi un obstacle de taille pour la survie de la langue française à Toronto.

In Toronto, the French language is a minority within a majority of other languages and cultures. Each one of them fights for recognition. Some have won that recognition. We have little Italy in Toronto, Chinatown, but we are still waiting for the French Village of Toronto, that would be a great recognition for a community who has been here since the founding of this magnicient city.

Le fait que le français ait à se battre pour obtenir une telle reconnaissance peut nuire à son épanouissement à Toronto. Le sempiternel conflit ou cohabitation quelques fois difficile de nos deux solitudes peut aussi nuire à la survie de la langue française à Toronto.

The opposition between French and English, which is our real national sport, can also be very difficult to understand for the newcomers of this country. We have to understand that the battle between French and English that do exist in this country is new for the immigrants, and many of them don't understand the reasons of some of the tensions. I remember somebody asking me one day, why as an immigrant, I was still using French in Toronto. My answer was: the same reason you use your mother tongue with your children.

Dans les prochaines années, les francophones de Toronto seront confrontés à une incompréhension d'une partie de la population qui saisit très mal la nature des revendications linguistiques des francophones.

Il est important que nous prenions les devants, en tant que francophones, pour nous faire connaître de l'ensemble de la population et pour lui faire comprendre l'importance que nous avons quant à l'épanouissement de l'ensemble de la collectivité.

Une journée comme celle-ci revêt une importance capitale quant à la promotion de nos institutions francophones, de notre culture et de notre langue.

Le 20 mars n'est pas seulement la Journée internationale de la Francophonie, c'est aussi la Journée internationale du bonheur. Je profite donc de l'occasion pour vous inviter à vous joindre à moi pour faire de cette journée, une journée sans aucune tension, une journée de tolérance de l'autre pour ce qu'il est. Une journée de respect des cultures et des identités de chacun.

Tout bon africain que je suis, je dois vous quitter sur une petite citation d'un sage du village:

"Il s'agira (...) pour faire de la Francophonie le modèle et le moteur de la Civilisation de l'Universel, de favoriser les échanges d'idées en respectant la personnalité originaire et originale de chaque nation." (Léopold Sédar Senghor, Ce que je crois.)

Mesdames et messieurs, merci.

Yves-Gérard Méhou-Loko
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Modification : 2015-03-22