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Hommage à Monica Heller

Texte de l'allocution de la professeure Mireille McLaughlin à l'occasion de la remise du Prix du Centre de recherche en civilisation canadienne-française (CRCCF) à Monica Heller dans le cadre du colloque La francophonie au travail, tenu les 10 et 11 avril 2014 à l'Université d'Ottawa.
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Monsieur le Doyen de la Faculté des arts et autres distingués invités,

Le Centre de recherche en civilisation canadienne-française reconnaît, par le Prix du CRCCF, les mérites de chercheurs ou d'auteurs dont les contributions ont porté sur le Canada français. En outre, on cherche à exprimer notre reconnaissance et notre admiration pour des auteurs qui, par leurs travaux, approfondissent notre compréhension de la francophonie canadienne. Et c'est donc un énorme plaisir pour moi de vous présenter la récipiendaire du Prix du CRCCF 2014, Monica Heller, non seulement parce que j'admire ses travaux, mais aussi parce qu'elle est une auteure incontournable dans le champ des études francophones.

Née à Montréal, Monica a tôt fait de s'intéresser aux effets que pouvaient avoir les changements politiques et les transformations économiques sur les trajectoires des francophones. Ses travaux unissent un engagement envers la recherche empirique et un idéal de justice sociale. Cet idéal s'articule autour de la capacité des francophones de participer aux espaces francophones. En outre, elle a développé un cadre théorique permettant de comprendre les inégalités que vivent les francophones, que ce soit en milieu scolaire, sur le marché de l'emploi ou dans la participation aux prises de décision. Elle s'intéresse donc non pas à ce que la francophonie n'est pas ou à ce que la francophonie devrait être, mais bien à ce qu'est la francophonie pour les individus qui s'en réclament, veulent y participer ou, au contraire, n'y trouvent pas ou plus leur place. Et c'est là la force de son oeuvre, qui, du coup, rend visible le quotidien des francophones et, ainsi, engage un dialogue critique avec les conceptions normatives de la francophonie.

Suite à l'obtention de son doctorat de UC Berkeley, Monica a été embauchée au Centre de recherches en éducation franco-ontarienne, de l'Institut d'études pédagogiques de l'Université de Toronto. Elle y a mené des travaux sur le mélange de codes, l'exogamie et, plus particulièrement, sur l'école. Ceux-ci ont connu un succès retentissant au niveau international, entre autres, par la publication des ouvrages suivants : Éléments d'une sociolinguistique critique, Code-Switching: Anthropological and Sociolinguistic Perspectives et Linguistic Minorities and Modernity: A Sociolinguistic Ethnography.

Elle a ensuite mené une série de projets portant sur le leadership francophone dans le cadre des transformations politiques et économiques en cours.

C'est avec la publication de Discours et identités : la francité canadienne entre modernité et mondialisation, Paths to Postnationalism: A Critical Ethnography of Language and Identity ainsi que l'ouvrage Language in Late Capitalism: Pride and Profit, dirigé en collaboration avec Alexandre Duchêne, que Monica apporte une contribution importante à la signification contemporaine de la francophonie. Ici, c'est sans doute sa compréhension des processus de domination au sein de la francophonie qui a le plus attiré l'attention des chercheurs francophones. Mais cette critique, impossible à ignorer, a été une des oeuvres fondatrices des champs portant sur l'immigration francophone, le marché de l'emploi et les transformations politiques. En outre, par son regard, Monica nous invite à toujours imaginer une francophonie canadienne égalitaire.

Monica Heller est une chercheure d'un dynamisme exceptionnel. Elle a été reçue à la Société royale du Canada, et elle est actuellement présidente de l'American Anthropological Association. Elle a été professeure invitée à Barcelone, Paris, Louvain, Jyväskylä, Moncton et j'en passe… Elle a toujours cru que la francophonie canadienne offrait un point de vue intéressant pour comprendre les processus contemporains tels que la modernité et la mondialisation. C'est en grande partie grâce à Monica Heller qu'il nous est possible, nous sociolinguistes de l'Acadie et de l'Ontario, d'occuper une place de choix en sociolinguistique francophone et en anthropologie américaine. En d'autres termes, Monica a fait connaître la recherche sur la francophonie canadienne dans le milieu de la recherche internationale en sociolinguistique et en anthropologie linguistique.

Je tiens aussi à dire que, en fait, Monica a participé à la formation de nombreux chercheurs ici présents, en dirigeant des thèses, ou financièrement, en nous embauchant comme assistants de recherche au sein de projet qu'elle dirigeait. Je sais à quel point la formation des étudiants est importante pour elle. Aussi, c'est une enseignante des plus généreuses, qui forme véritablement ses étudiants à la recherche.

Monica, c'est un honneur de te remettre ce prix, qui souligne l'admiration que nous avons pour ton dévouement à la recherche et ton engagement envers une francophonie socialement juste.

Mireille McLaughlin
Département de sociologie et d'anthropologie
Université d'Ottawa
10 avril 2014
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Modification : 2014-04-21