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S'accommoder et se chicaner: les immigrants français au Canada français, 1760-1980

Notes du professeur Yves Frenette pour sa participation aux ateliers sur la diversité culturelle et linguistque, tenues le 3 juillet 2012 dans le cadre du Forum mondial de la langue française.

INTRO
• Qu'est-ce qui se passe quand des groupes francophones se rencontrent et partagent un territoire, des institutions ?
• Question pertinente au 21e siècle

NOMBRES ET IMPACT
• 1760-1980 : environ 150000 immigrants français – très peu nombreux quand on les compare à d'autres groupes comme les Allemands, les Italiens, les Anglais, les Irlandais.
• Impact énorme, particulièrement au Québec et dans les autres aires francophones du Canada.

CRÉNEAUX
• Éducation, journalisme, arts (théâtre), avec le temps hôtellerie et restauration.
• Beaucoup plus instruits que les populations au sein desquelles ils s'installent.

RELATIONS ENTRE FRANÇAIS ET AUTRES FRANCOPHONES
1760-1870 : Québec et dans un degré moindre Acadie
• Très petit nombre – intermariages
• Même protestants intégrés dans une population qui est pourtant à 99 % catholique
• Prêtres appréciés des évêques et des fidèles
• Mais dissensions entre ecclésiastiques français et canadiens – premiers regardent de haut les deuxièmes qui craignent que les Français reçoivent les meilleures cures et les meilleurs postes administratifs.

1870-1945 : terre promise (70 % de cultivateurs) : Prairies 53 %, Québec (Montréal) 33 %; catholiques
• Prairies : Français et Canadiens français cohabitent dans les mêmes régions et souvent dans les mêmes localités - Les paroisses nationales françaises ne peuvent se maintenir dans les Prairies et doivent ouvrir leurs portes aux Canadiens français, qui fournissent d'ailleurs la majorité des prêtres. Ce voisinage s'accompagne d'accommodement, voire de métissage :
• « Dès ma plus tendre enfance, écrit le pionnier de Radio-Canada Henri Bergeron, qui est fils de Canadien français et de Française, je connaissais le goût de mon père pour de bonnes crêpes copieusement arrosées de sirop, le matin, et l'horreur de ma mère de devoir lui en faire. Quant au langage, les différences étaient trop évidentes pour nous échapper; tous étaient d'accord sur la justesse du vocabulaire de maman et l'esprit d'à propos et l'entrain de papa. Quel beau mélange nous faisions du point de vue culturel, avec la langue anglaise qui nous guettait à la porte ou du moins de l'autre côté de la clôture avec les Olsen, les Crampton et les Vermeer ».
• Certains migrants s'intègrent aux communautés canadiennes-françaises et jouent un rôle de premier plan dans leurs luttes identitaires. Ainsi est-il significatif que les journaux de langue française de l'Ouest soient presque toujours mis sur pied par des Français – encore une fois parce qu'avantage comparatif des Français au niveau de l'instruction que ces hommes possèdent sur l'élite canadienne-française - La même cohabitation a cours dans plusieurs associations et sociétés culturelles - et l'élite française travaille main dans la main avec sa contrepartie canadienne-française et belge pour ouvrir des stations radiophoniques de langue française dans les Prairies
• Raymond Denis, un migrant originaire de Charente-Maritime arrive en Saskatchewan en 1904 et s'intéresse rapidement à la question « nationale ». Dès 1909, il assiste à une rencontre, infructueuse, visant à créer une association provinciale des cercles de la Société Saint-Jean-Baptiste – en 1912, il participe au congrès de fondation de l'Association catholique franco-canadienne de la Saskatchewan (ACFC) - il préside à la mise sur pied du Programme provincial d'enseignement du français et du Concours provincial de français. Après 1929, Denis et l'ACFC affrontent le gouvernement conservateur qui a supprimé le programme élémentaire en français, en plus d'interdire l'affichage de symboles religieux et le port de l'habit religieux dans les écoles. C'est grâce à leur action que la suppression complète du français est évitée.
• La cohabitation des Français et des Canadiens français n'est pas toujours facile - si la Société Saint-Jean-Baptiste de la Saskatchewan ne peut s'imposer après 1909, c'est que les Franco-Européens de la province ne se reconnaissent pas dans l'organisme, d'où la création de l'ACFC - Mais les tensions subsistent au sein de l'organisme et, en 1923, le conflit éclate au congrès annuel : lorsque Denis se présente à la présidence, on lui reproche entre autres d'être français, lui qui a pourtant prouvé sa loyauté à la cause nationale. C'est que le clergé canadien-français est méfiant envers des migrants qui, même s'ils sont catholiques, affichent une certaine indépendance face à l'institution ecclésiale. Et les conflits entre francophones sont aussi présents dans la vie quotidienne.
• À l'opposé, dans les communautés acadiennes, l'intégration des Français, qui ne sont pas nombreux, est beaucoup plus facile. Les migrants y ont souvent été les premiers instituteurs et c'est l'un d'entre eux, Auguste Renaud, qui devient le premier député francophone du Nouveau-Brunswick à la Chambre des Communes en 1867.
• Entre-deux au Québec, plusieurs français oeuvrent dans le journalisme. Toujours instruits et à l'occasion cosmopolites, ils y jouent un rôle de passeurs culturels.
• À la grandeur du pays, Français et Canadiens français se chamaillent au sein de l'Église, en venant même parfois aux coups - C'est que, au tournant du 20e siècle, l'arrivée de prêtres et de religieux français a été massive et souvent abrupte. Monopolisant les postes de direction, ils favorisent leurs compatriotes, les frères canadiens étant parfois relégués aux travaux domestiques.
• La langue est facteur de division; la langue enseignée dans les écoles, la langue parlée quotidiennement. Les Français reprochent aux Canadiens français et aux Acadiens leurs déviations de la norme linguistique, ce qui conforte chez les premiers un sentiment de supériorité culturelle et qui crée chez les autres l'insécurité linguistique. Relatant son arrivée à Montréal, un frère de l'Instruction chrétienne français écrit : « Nous eûmes d'abord quelques hésitations sinon des difficultés à comprendre leur (les frères canadiens-français) phrase multi-accentuée et segmentée, gravée par ailleurs, d'étrangetés de prononciation et d'articulation. » Aussi, les migrants français sont en général plus bilingues que les Canadiens français, du moins au Québec; à l'extérieur de la province, beaucoup d'entre eux veulent s'intégrer à la majorité de langue anglaise, particulièrement dans les villes.

1945-1980 : migration de masse – population française du Canada augmente de 130 % - Québec deux-tiers
• Les migrants ont deux types d'attitude envers la société d'accueil. Ceux qui envisagent de retourner en France, s'efforcent de maintenir des liens avec d'autres expatriés et avec l'Hexagone, tandis que les migrants permanents souhaitent s'intégrer à la société canadienne, les liens avec la mère patrie et avec le réseau institutionnel français diminuant au fil des années.
• Le quart des migrants français connaissent l'anglais lorsqu'ils arrivent au Canada et la majorité envoit leurs enfants dans des écoles de langue anglaise. Cela s'explique par leur perception des relations de pouvoir entre anglophones et francophones
• Aucune ville canadienne ne possède de quartier français. La diffusion spatiale des migrants se traduit par des relations constantes avec les autres éléments de la population, mais l'intégration demeure difficile, même quand il y a communauté de langue et de religion. Le niveau d'instruction des Français, généralement plus élevé que celui des Canadiens français, la langue de ces derniers, qu'ils considèrent comme un dialecte inférieur, l'air de supériorité qu'arborent certains, font naître le stéréotype du « maudit Français ».
• Cela est particulièrement vrai dans le milieu artistique. Méconnaissant le Québec comme beaucoup de leurs compatriotes, de jeunes comédiens arrivent dans la métropole en conquérants. Leur diction leur conférant un avantage, ils suscitent le ressentiment de leurs collègues canadiens-français, et la presse crie au favoritisme.
• Des migrants, qui n'aiment pas l'accueil qu'on leur fait au Québec, partent pour Toronto, où ils sont perçus très favorablement, le prestige de la culture française se traduisant par des représentations positives. En fait, les migrants sont convoités comme gérants ou vendeurs dans des magasins de luxe en raison de leur accent.
• Par contre, les tensions entre Français et Canadiens français y semblent aussi aigues qu'au Québec, se transformant à l'occasion en conflit. C'est le cas à Toronto en 1968, l'enjeu étant la nouvelle Maison française, qui est tôt identifiée aux Français; 10 % seulement des personnes qui fréquentent la Maison française sont canadiennes-françaises. L'élite canadienne-française fonde alors son propre centre culturel, la Chasse-Galerie. En plus petit, les mêmes divisions existent à Hamilton.

QUESTIONS
• Comment la langue française peut elle à la fois rassembler et diviser ?

• Y a-t-il des leçons à tirer pour le présent et l'avenir ?
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Modification : 2012-07-18