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Notes pour une allocution du Commissaire aux langues officielles dans le cadre du Colloque sur les 25 ans de la Loi sur les services en français

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Notes pour une allocution du Commissaire aux langues officielles Graham Fraser dans le cadre du Colloque sur les 25 ans de la Loi sur les services en français (Ontario).

Mesdames et messieurs, bonjour.

Il y a 25 ans, le gouvernement de l'Ontario reconnaissait officiellement la contribution franco-ontarienne dans l'économie, l'éducation et la culture de la province en mettant sur pied la Loi sur les services en français. C'est avec plaisir que je suis ici avec vous afin d'en souligner le 25e anniversaire.

La population francophone a contribué de façon importante au patrimoine culturel et historique de l'Ontario et du Canada dans son ensemble. Aujourd'hui, nous ne célébrons pas seulement le 25e anniversaire d'une loi qui garantit l'emploi de la langue française dans les institutions de la législature et du gouvernement de l'Ontario; nous célébrons aussi le travail acharné de Franco-Ontariens qui ont fait preuve d'un dévouement exemplaire envers la protection de leur langue et de leurs communautés.

Parmi toutes ces personnes, j'aimerais en mentionner quelques-unes. D'abord, Bernard Grandmaître, aussi connu comme le « père » – et même, comme il le dit lui‑même, le « grand‑père » de la Loi sur les services en français1 –, ancien ministre aux Affaires francophones de l'Ontario, qui a joué un rôle de premier plan dans l'adoption de la Loi. Ensuite, le premier commissaire aux services en français, François Boileau, qui, parmi ses nombreuses réalisations, a représenté la FCFA devant la Cour d'appel de l'Ontario dans l'affaire de l'Hôpital Monfort. Puis, tous les juristes qui ont plaidé pour la défense des droits reconnus par la Loi sur les services en français devant les tribunaux, particulièrement Ron Caza, Pascale Giguère et Marc Cousineau, qui ont joué un rôle dans l'affaire de l'Hôpital Montfort.

Il m'apparait aussi important de mentionner le soutien d'Ontariens anglophones qui ont collaboré à la mise en œuvre de l'appui de la population ; les anciens premiers ministres Bill Davis, David Peterson et Bob Rae ; sans oublier Roy McMurtry et Charles Beer.

Les Franco-Ontariens ont surmonté de nombreux obstacles avant d'arriver à la Loi sur les services en français. Permettez-moi d'effectuer un retour en arrière et de mettre cette loi en contexte.

Pendant 60 ans, du Règlement 17 en 1912 jusqu'à l'adoption de la Loi sur les langues officielles au fédéral en 1969 et de la Charte des droits et libertés en 1982, le français a été une langue de seconde classe en Ontario. Une langue privée, parfois communautaire, mais pas une langue publique.

On peut dire que le feu aux poudres a été lancé en 1912, lorsque le Règlement 17 a été adopté par le gouvernement ontarien. Comme vous le savez, ce règlement visait à restreindre l'usage du français et à faire de l'anglais la principale langue d'enseignement dans les écoles élémentaires fréquentées par les élèves franco‑ontariens. L'Association canadienne‑française d'éducation de l'Ontario (ACFÉO), dont le mandat était de veiller aux intérêts des francophones de l'Ontario, est alors devenue la porte-parole et « l'état‑major » de la lutte contre le Règlement 17. Avec le journal Le Droit, l'ACFÉO a joué un rôle de premier plan dans la lutte contre le Règlement 17. En 1927, après une lutte acharnée qui a duré 15 ans, l'ACFÉO a réussi à faire reculer le gouvernement ontarien et à faire reconnaître le droit à l'instruction en français dans les écoles primaires de l'Ontario. Il s'agit d'un événement marquant de l'histoire et de la fierté de l'Ontario français. Aujourd'hui appelée l'Assemblée de la francophonie de l'Ontario, l'association continue de faire valoir les préoccupations des francophones de la province auprès du gouvernement provincial.

Mais cette victoire n'aurait pu être possible sans alliés. En décembre 1940, durant la Seconde Guerre mondiale, le premier ministre du Québec, Adélard Godbout, a pris la parole devant le Canadian Club de Toronto. Dans son allocution, publiée dans Le Devoir et louangée à la fois par L'Action nationale et The Globe and Mail, Godbout souligne le soutien d'un groupe de Canadiens anglais qui, selon lui, avaient répondu à leur geste de fraternité. Les noms figurant sur sa liste sont malheureusement méconnus aujourd'hui. Il s'agissait notamment de W. H. Moore, d'Arthur Hawkes, de P. F. Morley et de Lorne Pierce.

Qui sont ces hommes? Pourquoi leur avoir rendu hommage à cette époque? Et pourquoi mentionner leurs noms 60 ans plus tard? Parce que, selon moi, ces hommes sont les pionniers de l'identité canadienne que nous véhiculons aujourd'hui, soit l'égalité du français et de l'anglais ainsi que la promotion de la dualité linguistique en tant que valeur canadienne. Ces deux éléments ont joué un rôle crucial dans l'élaboration de l'échelle des valeurs canadiennes et ont contribué à la reconnaissance du Canada aujourd'hui en tant que pays de tolérance et d'accueil.

En 1916, durant la Première Guerre mondiale, certains d'entre eux ont mis sur pied ce qu'on a appelé la « Bonne entente ». Il s'agissait d'une tentative de rapprocher l'Ontario et le Québec, qui ne cessaient de s'éloigner l'un de l'autre. Ce projet visait à envoyer un groupe de professionnels et de gens d'affaires de l'Ontario visiter le Québec, et une délégation québécoise visiter l'Ontario. L'organisation s'est malheureusement dissoute lors de la première crise provoquée par la conscription.

Plus concrètement, en 1921, le sénateur franco-ontarien Napoléon‑Antoine Belcourt et quelques notables anglophones influents, dans la foulée de la « Bonne entente », ont mis sur pied la Unity League of Ontario, dont le but principal était l'abrogation du Règlement 17. En 1927, à la suite de leurs efforts constants et conjoints à ceux de la communauté francophone, le gouvernement ontarien a annoncé qu'il n'appliquerait plus le Règlement 17.

Malgré cette victoire, pendant près de 75 ans, soit de 1912 à 1986, le français n'avait toujours pas de statut officiel en Ontario.

Je suis né à Ottawa, et je me souviens très clairement de la nature des rapports qui existaient entre francophones et anglophones pendant ma jeunesse. Le français était la langue des commerçants à Eastview (maintenant le quartier Vanier), mais n'était jamais la langue des affaires, sauf avec des clients francophones connus. Des clients qui parlaient français avec un accent se faisaient répondre en anglais. Le français était réservé aux membres de la communauté et de la paroisse.

À cette époque, les rapports entre les communautés linguistiques étaient teintés d'ignorance, de condescendance, de méfiance, de peur et d'hostilité. L'ancien premier ministre Paul Martin m'a un jour raconté comment il s'est heurté aux tensions linguistiques. En 1946, son père s'est joint au Cabinet fédéral et la famille a déménagé à Ottawa. Les parents de M. Martin l'ont alors envoyé à l'école française, mais il ne parlait pas un mot de français. Il m'a raconté qu'il a dû littéralement se battre pendant toutes ses premières années d'école primaire. D'abord à sa propre école contre les francophones qui ne le comptaient pas parmi les leurs, ensuite, contre des enfants d'une école catholique irlandaise située sur le chemin du retour à la maison, qui le croyaient francophone. Et comme il devait aussi passer devant une école publique anglophone, trois rues plus loin, il devait encore se battre.

On ne peut donc pas parler du « bon vieux temps » lorsqu'il est question des relations entre les communautés linguistiques. Ça « jouait dur » à l'époque! Nous avons fait bien du progrès depuis ce temps-là. Et je crois que les communications de cette conférence montreront à quel point la situation a évolué.

Pendant les années 1960 et 1970, en partie à cause de la montée du nationalisme québécois, le contexte sociopolitique a évolué. Il ne faut pas oublier que pendant les discussions constitutionnelles qui se sont déroulées à Victoria en 1971, l'Ontario était prête à accepter le statut de province bilingue; et que par la suite, le rejet de l'Accord de Victoria, les lois 22 et 101, le référendum de 1980 et les discussions constitutionnelles qui ont suivi ont fait en sorte que l'Ontario a adopté une approche différente de celle qui avait été acceptée en 1971. Il ne faut pas non plus oublier que la Loi sur les services en français a été adoptée la veille de l'adoption des discussions sur l'accord du lac Meech.

La situation a évolué depuis les 25 dernières années, en partie en raison des répercussions de la Loi sur les services en français. On ne se cache plus pour parler en français, et la langue française et la culture franco-ontarienne sont certainement plus visibles, et audibles. La communauté franco-ontarienne a maintenant un réseau institutionnel qui appuie sa vitalité.

Par exemple, la chaîne de télévision TVO, qui a vu le jour en 1987 et qui est ensuite devenu TFO en 1995, est le seul télédiffuseur canadien francophone hors Québec. Depuis 2006, TFO a acquis une indépendance et une gouvernance qui lui permet de participer plus activement à l'économie franco-ontarienne et à soutenir le système d'éducation francophone.

Les conseils scolaires francophones ont été consolidés. La Cité collégiale, premier collège de langue française en Ontario, répond à des besoins réels de formation en français et a accueilli pas moins de 100 000 personnes depuis septembre 1990. Le Collège Boréal a ouvert ses portes en septembre 1995 et compte maintenant sept campus à travers la province. Quant à l'Association française des municipalités de l'Ontario, créée en 1989 par Gisèle Lalonde, maire de la Ville de Vanier, elle continue d'offrir aux élus et aux cadres municipaux d'expression française un forum public et des services pertinents en français, et réunit maintenant une quarantaine de municipalités en province.

La Fédération de la jeunesse franco-ontarienne, qui défend les droits de ses membres à titre d'élèves, de jeunes et de Franco-Ontariens, joue un rôle important dans la formation de futurs leaders pour la communauté franco-ontarienne. Plusieurs de ses anciens élèves œuvrent aujourd'hui pour toutes sortes d'initiatives franco-ontariennes, comme TFO, le Festival franco-ontarien, La Nuit sur l'étang et tout le réseau scolaire. Les institutions culturelles franco-ontariennes, tant en théâtre qu'en chanson et poésie, rayonnent à travers le pays, par exemple le Théâtre du Nouvel-Ontario, le Théâtre de la Vieille 17.

Et que dire de l'essor des services de santé en français après le rassemblement qui a suivi la grande victoire de l'hôpital Montfort? Aujourd'hui, un grand nombre de Franco-Ontariens peuvent recevoir leurs services de santé en français, et ce, grâce aux combats des leurs.

Comme vous le voyez, les exemples de succès de la communauté franco-ontarienne sont nombreux!

Par contre, il y a encore des défis à relever dans le domaine de l'éducation. Comme l'a démontré mon étude Deux langues, tout un monde de possibilités : L'apprentissage en langue seconde dans les universités canadiennes, il est essentiel d'accroître les possibilités d'apprentissage en langue seconde dans les universités si le Canada souhaite offrir un réel continuum de possibilités aux étudiants qui désirent apprendre l'autre langue officielle. Il est très important de promouvoir les programmes de formation existants qui permettent aux étudiants franco-ontariens, ainsi qu'aux étudiants francophones et francophiles du reste du Canada, de poursuivre leurs études dans les deux langues officielles, et d'accorder au français une place de choix dans leur programme scolaire.

Nous devons encourager les étudiants franco-ontariens à poursuivre leurs études supérieures en français, et faire en sorte que tous les étudiants canadiens soient reconnus sur le marché du travail grâce à leurs compétences langagières. L'Université d'Ottawa est la plus grande institution d'enseignement postsecondaire francophone d'Amérique du Nord, hors Québec. Pour protéger les services en français au sein l'université, il serait important, sur le plan symbolique pour faire rayonner et développer la culture francophone en Ontario, de désigner l'Université d'Ottawa comme organisme assujetti à la Loi sur les services en français.

La communauté francophone de l'Ontario est dynamique et multiculturelle. Nous devons continuer notre travail de promotion de la dualité linguistique et d'équité des deux langues officielles, et surtout, encourager les Franco-Ontariens à utiliser leur langue dans le cadre de leurs communications avec leur gouvernement.

Malheureusement, il est parfois plus facile pour un Franco-Ontarien de dire: « It's OK, I can speak English » que d'insister pour se faire servir en français. Pourtant, si l'on ne se sert pas de nos droits, le gouvernement peut se questionner sur la nécessité de maintenir ces mêmes services, surtout dans un contexte budgétaire plus difficile. Encore faut-il que ces institutions bénéficient d'une protection légale, en étant désignées sous la Loi sur les services en français.

Le parcours de la communauté franco-ontarienne est un parcours truffé de combats, d'obstacles, de difficultés, mais qui continue de porter ses fruits. Grâce au travail acharné d'hommes et de femmes qui y ont bien souvent consacré leur vie, il est maintenant plus facile de vivre en français en Ontario. La célébration d'aujourd'hui est aussi la leur, la vôtre.

Merci.
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1 www.lexpress.to/archives/353/
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  • Catégorie : Justice



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Modification : 2012-01-29