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Les gouvernements doivent jouer un rôle de premier plan pour soutenir les personnes et les organismes qui souhaitent apprendre le français et en faire la promotion

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Texte de l'allocution de la journaliste Catherine Clark à l'ouverture de la Conférence ministérielle sur la francophonie canadienne, le 26 juin 2012, à Edmonton (Alberta).
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Mesdames et messieurs, je suis heureuse d'être parmi vous aujourd'hui et je vous remercie de m'avoir invitée à participer à cette conférence intéressante et importante consacrée au rôle essentiel que jouent les Francophones et les Francophiles dans l'évolution de notre collectivité canadienne.

Le Canada est reconnu dans le monde pour le fait que notre pays a adopté et utilise deux langues officielles. C'est une réputation dont les Canadiens sont fiers, tout comme nous sommes fiers de notre capacité à favoriser l'épanouissement de deux communautés linguistiques distinctes – l'une anglophone et l'autre francophone – de façon cohérente, d'un océan à l'autre.

Cette conférence annuelle représente une occasion importante de réunir des décideurs influents afin d'examiner la meilleure façon pour notre pays, et nos gouvernements, d'appuyer le français dans nos collectivités, aujourd'hui et à l'avenir.

J'ai très hâte d'animer, plus tard ce matin, notre discussion en table ronde durant laquelle plusieurs personnes nous parleront de l'impact direct qu'a eu le fait d'être Francophone ou Francophile sur leurs carrières, leurs propres vies ou celles de leurs enfants.

Mais tout d'abord, c'est un honneur pour moi d'avoir été invitée à partager mes réflexions sur le sujet que nous abordons et de parler de ma propre expérience avec la langue française.

Tous les gens réunis dans cette salle aujourd'hui savent que l'histoire de la dualité linguistique au Canada est longue et riche – c'est un élément de notre identité en tant que pays.

Depuis la fondation même de notre nation, nos représentants fédéraux ont pu, en toute liberté, s'exprimer en anglais ou en français en prenant la parole au Parlement, et l 'Acte de l'Amérique du Nord britannique stipulait que toute loi adoptée par le Parlement devait être promulguée dans les deux langues également.

Par contre, il est évident que nous avons beaucoup évolué. Depuis des décennies, nous avons une loi sur les langues officielles stipulant que les institutions fédérales au Canada doivent effectuer leurs travaux en anglais et en français.

Nos gouvernements et nos lois ont assuré l'accès aux services dans les deux langues officielles pour tous les Canadiens.

En outre, des millions de Canadiens ont redoublé d'efforts pour s'assurer qu'ils se débrouillent dans les deux langues officielles ou les maîtrisent parfaitement et leurs enfants aussi.

Les statistiques sont éloquentes dans ce pays 34 millions d'habitants. Le recensement de 2006 indique que 7 millions de Canadiens se disent Francophones. Un million de Canadiens hors Québec ont le français comme première langue.

En plus de parler une langue maternelle différente, ce million de Francophones hors Québec enrichit les communautés où ils vivent en contribuant des perspectives, des opinions et des idées différentes.

Ces gens nous aident à mieux comprendre l'importance de la langue française et de la culture francophone au sein de la communauté canadienne dans son ensemble.

Outre ces Francophones-là, des Francophiles affirment fièrement l'importance du bilinguisme officiel au Canada.

Ce réseau dynamique et puissant d'individus n'a pas le français comme langue maternelle, mais ils respectent suffisamment la langue et la culture pour en faire une partie intégrante de leur vie quotidienne.

D'après le recensement de 2006, un virgule cinq millions de personnes hors Québec parlent français et se disent Francophiles. Cela veut dire que les Francophiles sont représentés dans tous les coins de notre pays et dans tous les secteurs de notre économie.

Je me dis Francophile.

Ma langue maternelle est l'anglais, mais je vis et je travaille dans les deux langues officielles. D'ailleurs, CPAC, mon employeur, est l'unique chaîne de télévision bilingue au Canada permettant aux téléspectateurs de choisir leur langue d'écoute.

Le français était omniprésent tout au long de mon enfance, comme ce fut le cas pour de nombreux jeunes Canadiens. Et le fait de parler la langue était un aspect naturel de la vie que menait ma famille.

C'était en partie parce que nous vivions à Ottawa – et pas dans n'importe quel milieu à Ottawa, mais bien le milieu politique – et personne dans cette salle ne s'étonnera du fait que la connaissance du français était, de façon générale, jugée essentielle.

Par ailleurs, c'était aussi parce que mes parents, qui n'avait ni l'un ni l'autre parlé français dans leur jeunesse, traitait cette langue comme une composante importante de notre identité canadienne qu'il fallait respecter et adopter.

Bien que les cheminements de mes parents en matière d'apprentissage du français aient été très différents, ils sont tous les deux été à la fois remarquables et courageux.

Leurs cheminements sont à l'image des parcours semblables qu'entreprennent des milliers de familles canadiennes chaque année, des familles de tous horizons et d'origines différentes aux approches divergentes qui décident que la connaissance du français leur ouvrira des portes, à eux et à leurs enfants, pour les années à venir.

Mon père est né et a été élevé ici, en Alberta, dans la ville de High River, où sa famille a fondé le journal local – The High River Times.

Ma grand-mère, Grace Welch Clark, était enseignante. Elle enseignant le français, et mon père se souvient qu'elle ne parlait pas couramment la langue.

En fait, Papa me faisait remarquer récemment que le problème récurrent dans les écoles secondaires en Alberta à l'époque – surtout en milieu rural – était le fait qu'il y avait si peu de professeurs de français qui parlaient couramment la langue.

En outre, on n'utilisait pas de leçons enregistrées ou orales permettant d'entendre parler correctement la langue.

Bien que cela défavorise certainement les élèves qui tentaient de maitriser parfaitement la langue, cela présentait aussi certains avantages comme le français de mon père – qu'il appelait son « français de High River »- devait sans doute paraitre superbe, à lui et à ses pairs.

Mon père a toutefois compris très jeune que l'aptitude à s'exprimer facilement dans les deux langues officielles du pays était non seulement essentielle mais aussi la seule façon de connaitre et de comprendre l'ensemble de la nation.

Lorsqu'il est devenu député fédéral en 1972, il s'est fixé comme objectif de devenir bilingue, comme le font de nombreux députés, et il a réussi en travaillant d'arrache-pied.

Par contre c'est le parcours de ma mère que je trouve particulièrement émouvant car il évoque le courage qu'il faut à de nombreux parents canadiens anglophones qui décident d'éduquer leurs enfants en français.

Ma mère, Maureen McTeer, était la deuxième de six enfants nés dans une famille anglophone et catholique dans une région rurale de l'est ontarien.

Au milieu des années 1960, vers l'époque où le gouvernement de Lester B. Pearson a créé la Commission royale sur le bilinguisme et le biculturalisme, mon grand-père y voyait un signe de changements imminents, et le moment venu, il a inscrit ses enfants dans l'école locale séparée.

Étant donné le règlement à l'époque, il s'agissait d'une école catholique francophone.

Il s'est heurté à une opposition féroce de la part du conseil scolaire local, qui désapprouvait la présence d'enfants unilingues anglophones dans leur école francophone.

Dans ses mémoires intitulées Dans Mon Nom, ma mère se souvient que mon grand-père s'était fait dire par un membre du conseil scolaire: "Comme vos enfants ne parlent pas du tout le français, ils ralentiront l'apprentissage de nos élèves."

Si vous le permettez j'aimerais vous lire un extrait de ces mémoires :

Mon père a mis le conseil scolaire au pied du mur. Il a conclu une entente avec eux. Nous commencerions tous en première année et si aucun d'entre nous ne terminait premier de sa promotion, il nous retirerait volontairement.

Durant l'année scolaire, pour nous aider, il se mettait à la tête de la table alors que nous faisions nos devoirs devant lui et il s'est initié au français en mémorisant chaque jour dix mots d'un dictionnaire anglais-français.

Dès son premier jour à l'école, ma mère a commencé à découvrir les traditions de ses camarades canadiens-français.

La plupart de ces découvertes constituaient des leçons enrichissantes pour une enfant qui avait, jusque-là, mené une vie parallèle à celle de toute une communauté linguistique, religieuse et culturelle qu'elle n'avait pas pu pénétrer à cause des barrières linguistiques.

Par contre, d'autres leçons étaient plus drôles. Là encore, je vous lis un extrait de ce qu'écrit ma mère dans ses mémoires :

Nous interprétions l'histoire canadienne du point de vue de nos camarades francophones, et cela donnait parfois des résultats inattendus.

Je me souviens d'avoir dit avec beaucoup d'assurance à ma mère que les Français avaient gagné la bataille des plaines d'Abraham. Lorsqu'elle a appelé mon enseignante pour s'informer de ce qui se passait, elle s'est fait dire que les Britanniques avaient triché!

Ma mère se souvient d'avoir eu l'impression que sa famille n'a jamais vraiment été acceptée, ni par la communauté dans laquelle elle vivait, ni par celle dans laquelle elle était éduquée.

À l'école, ils étaient la seule famille qui parlait anglais à la maison. À la maison, ils étaient les seuls gamins dans la famille élargie à parler français et à être éduqués dans cette langue.

Bien que, pour la plupart des Canadiens, ces fossés culturel et linguistique soient moins marqués aujourd'hui, ils existent quand même.

Toutefois, l'esprit de coopération qui existe entre les Francophones et les Francophiles partout au Canada contribue à créer un pont indispensable.

Les Francophones et les Francophiles ne partagent peut-être pas la même langue, mais ils partagent la même volonté et le même objectif. Nous croyons que l'un des éléments de la grandeur de notre nation est notre capacité à célébrer les différences culturelles et linguistiques, et nous comprenons que cela représente un avantage pour notre pays aujourd'hui et à l'avenir.

Premièrement, dans un monde où la communication est désormais instantanée, notre aptitude, en tant que nation, à parler deux langues nous permet d'interagir –sur les plans personnel et professionnel – avec deux fois plus de voisins dans le monde, ce qui élargit nos horizons individuels tout en améliorant la rentabilité de nos activités économiques.

Les Francophones et les Francophiles souhaitent vivre dans un pays animé par ce genre de perspective mondiale qui permet de s'assurer que nos enfants aient une présence mondiale.

Nous comprenons que le français est une langue de possibilités qui nous permet d'obtenir de meilleurs emplois, de diversifier davantage notre évolution professionnelle, et d'élargir nos horizons sur les plans créatif, artistique et intellectuel.

Le fait de parler français nous permet de mieux comprendre nos voisins à l'intérieur de nos frontières aussi – des gens qui nous ressemblent malgré le fait qu'ils parlent une langue différente à la maison. Cette compréhension est un élément clé pour l'édification d'une société canadienne forte.

A titre d'exemple, lorsque mon mari, issu d'une famille unilingue anglophone de Peterborough, en Ontario, devait décider ou étudier en tant que premier membre de sa famille à faire des études universitaires, il a choisi Bishops, à Lennoxville, au Québec, parce qu'il comprenait la valeur de s'exposer à un environnement francophone, tant pour son aptitude à parler la langue que pour sa connaissance du pays dans lequel il vit.

Quand, en tant que parents, nous avons dû décider dans quelle école inscrire l'ainée de nos enfants, nous avons automatiquement décidé de l'éduquer en français. Nous ferons pareil pour notre fils.

Par ailleurs, le fait est que, dans une société complètement mondialisée – ou les frontières ne se trouvent plus qu'à un clique de la souris – il se peut que le français soit la première de nombreuses langues que devront apprendre nos enfants pour livrer une concurrence efficace et prospérer.

Toutefois, ce serait une erreur que de tenir l'avantage du bilinguisme canadien pour acquis. Comme c'est le cas pour tout avantage, il faut le maintenir et le renforcer.

Les Francophones et les Francophiles doivent continuer à travailler ensemble pour montrer les avantages qu'offre le bilinguisme à notre pays –les avantages économiques, professionnels et personnels.

Ce faisant, nous contribuons aussi à favoriser l'avantage mondial que représente le respect dont jouit le Canada à l'échelle internationale pour notre capacité à adopter et à célébrer deux langues et deux cultures à l'intérieur d'une même frontière.

C'est aussi pourquoi les gouvernements doivent jouer un rôle de premier plan pour soutenir les personnes et les organismes qui souhaitent apprendre le français et en faire la promotion.

L'accès, dans tout le Canada, à une éducation en français dès la petite enfance, ainsi que l'accès à un large éventail de services de qualité en français pour des personnes de tous âges, voilà la meilleure façon de s'assurer que cette langue demeure une composante centrale de notre culture canadienne.

Il ne faut pas non plus oublier l'importance des festivals et des événements culturels, qui sont non seulement des outils très efficaces de promotion de la langue française, et de sa culture dynamique, auprès de tous les Canadiens mais aussi une source précieuse de dollars provenant du tourisme.

Qu'il s'agisse du Festival Franco-Ontarien à Ottawa, du Festival du Voyageur à Saint Boniface, au Manitoba, ou encore de la Franco-Fête, en Acadie, tous ces événements sont une bonne façon de rehausser la réputation de notre pays de nation progressiste qui appuie le bilinguisme officiel, la diversité et les arts.

Le fait de soutenir notre culture canadienne-française et sa langue est bien plus qu'une question d'assurer l'égalité et l'unité de notre collectivité, deux caractéristiques de notre identité canadienne.

Il s'agit de célébrer et de promouvoir un avantage qui nous rend unique au monde et qui fait de nous l'envie des autres pays.

Mesdames et messieurs, je vous remercie de votre attention.
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Modification : 2012-07-01