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Nous avons tous le pouvoir d'influencer et de changer notre monde

Notes pour l'allocution du juge Paul Rouleau, le 31 janvier 2013, à l'occasion de la cérémonie de son adoubement comme membre de la Compagnie des Cent-Associés francophones.
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Je suis très fier du grand honneur que la Compagnie me décerne aujourd'hui. Ce qui m'est le plus significatif est que l'honneur m'est décerné par ma communauté principalement pour mon travail comme bénévole et non pas pour ce que j'ai fait au cours de ma carrière comme avocat et juge. Je suis reconnaissant envers les groupes qui se sont mis ensemble pour organiser et commanditer cette soirée. Comme moi, ces groupes tiennent la cause francophone à cœur. Surtout, je suis profondément touché par la présence de tous ces amis, collègues et connaissances. Je ne me leurre pas, je suis conscient que vous êtes venus en si grand nombre pour les bouchées et pour le vin. Par contre, au moins ma présence ne vous a pas découragé de venir.

La présentation était bien généreuse à mon égard. Par contre, ma contribution à ces diverses initiatives était mineure à comparer à celle des géants comme Omer Deslauriers, Robert Paris, Pierre Genest et bien d'autres. De plus, nombreux sont les membres de la communauté qui ont sacrifié tant – effort, argent et même santé – à travailler dans les tranchées au cours des années. Plusieurs de ces bâtisseurs sont ici ce soir. Nombre d'entre eux sont devenus des amis. Ils méritent tous notre respect et nos remerciements pour ce qu'ils ont accompli.

Je dois dire qu'entendre parler des Centres d'Accueil Héritage, la cause Marchand et de ces autres moments importants dans le cheminement de la minorité francophone de l'Ontario au cours des dernières décennies me ramène de très beaux souvenirs et me rappelle de belles expériences.

Ainsi, dans un sens, cette soirée est le monde à l'envers. L'avis vous convoquait à une réception où on reconnaitrait ma contribution à la communauté. À écouter la présentation, oui, il me semble que j'ai contribué quelque peu au fil des ans. Par contre, je suis d'avis que c'est moi qui devrais rendre hommage à la communauté. L'histoire de ma vie est enchâssée dans l'histoire de cette communauté qui est une source importante de mon identité. Le fait demeure que je suis né avec un passé.

Je me compte donc chanceux de faire partie d'une communauté qui trace ses origines ici en Ontario à 1610 quand Samuel de Champlain a envoyé son jeune interprète Étienne Brûlé pour explorer l'Ontario et tisser des liens d'amitié avec les premières nations. Cette communauté a survécu et s'est épanouie ici en Ontario pour plus de quatre siècles. La communauté a réussi à bâtir de nombreuses institutions et associations dont plusieurs sont représentées ici. Elle a su assurer sa croissance et son dynamisme en accueillant des francophones de partout au monde, de l'Afrique, de l'Asie, du Moyen Orient, de l'Europe, des Caraïbes et du reste du Canada. Au fil des ans, je suis venu à comprendre que, pour moi, la communauté me donne et m'a toujours donné une raison d'être. Au niveau personnel, travailler pour la francophonie et le bilinguisme m'était et m'est encore valorisant. En assurer la croissance et l'épanouissement, je contribue à quelque chose d'important et ayant une grande valeur. C'est donc moi qui doit remercier la communauté.

J'ose croire qu'il y a une leçon dans tout ceci. Avec l'appartenance vient le devoir. On ne peut pas être fier de notre communauté ou de notre pays et de son histoire si nous ne sommes pas prêts à reconnaître une certaine responsabilité pour en assurer son progrès et à y contribuer. Par contre, je peux vous dire que le volontariat et l'engagement à une cause, à une communauté, rapportent non seulement à la communauté, mais aussi à celui ou celle qui s'y engage. Nous en tirons des dividendes pour toute notre vie.

Ce que je suggère toujours aux jeunes qui commencent leur pratique du droit est d'assurer qu'une portion de leur temps est protégée, c'est-à-dire qu'ils s'assurent de consacrer disons 10% de leur temps pour travailler sur quelque chose qui n'est pas pour gain, mais qui leur est important. Pour moi, c'était le bilinguisme et la communauté francophone. Pour une autre personne, ce pourrait être les droits de la personne, les sans-abris, les immigrants, les sports communautaires ou bien d'autres. Le volontariat est à la fois une joie et un investissement.

Le volontariat est une joie, car on contribue à quelque chose qui nous est cher et qui nous est important. C'est valorisant et nous donne donc une raison d'être et un sens d'appartenance. C'est ce qu'on fait qui sert à définir qui nous sommes. Comme vous l'aurez constaté, jugeant de ce que j'ai fait au cours des années, il n'y a pas à s'en sauver, je suis bel et bien défini, je suis un francophone engagé et fier.

Mais le volontariat est aussi un investissement. Quand on contribue à la communauté, que ce soit la communauté francophone, une autre communauté ou une cause quelconque, tout le monde en tire profit. La vérité est que tout ce que nous sommes en mesure de donner a, dans un sens, été reçu de bien d'autres gens. Ainsi, nous sommes appelés à contribuer, à remettre, notre juste part. Ceux à qui nous le remettons le feront à leur tour. Ayant travaillé avec de nombreux bâtisseurs de la communauté, j'ai constaté que nous avons tous un potentiel énorme. Nous avons tous le pouvoir d'influencer et de changer notre monde. Il ne reste à chacun et chacune que d'agir et, en agissant, de se définir.

Merci à tous.
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  • Catégorie : Justice



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Modification : 2013-02-03