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Représentation des langues et des identités et inclusion sociale

Notes pour l'allocution de Thérèse Caron au Congrès mondial des droits linguistiques (CMDL), tenu à l'Université de Teramo (Italie), du 19 au 23 mai 2015.
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Représentation des langues et des identités et inclusion sociale

Le nouveau ministère (1) dont a hérité la ministre Kathleen Weil, en 2014, devient le ministère de l'Immigration, de la Diversité et de l'Inclusion du Québec. Plus précisément, ce dernier terme remplace l'intégration, émergeant du système politico-libéral. La ministre Weil entend faire de la régionalisation de l'immigration son principal projet.

Retournant quelques années en arrière, le Journal Les Affaires rapporte qu'en 1975, on avait créé les COFI, Centres d'orientation et de formation des immigrants. « C'était comme une antichambre, un endroit où on les préparait à se faire valoir dans la société québécoise. Pour bien des raisons, la formule a été abolie en l'an 2000. On lui reprochait notamment de les garder en espace clos où des nouveaux arrivants ne côtoyaient que des nouveaux arrivants. » (Blogue René Vézina 2014))

1. Régionalisation

La représentation des langues passe par le Réseau des organismes de régionalisation de l'immigration du Québec (RORIQ), regroupant 22 organismes qui prennent racine dans la métropole, dont la mission est de favoriser l'installation des immigrants dans les régions du Québec. Ce qui permettrait de combler la pénurie de main-d'œuvre, en arrimant les besoins des employeurs dans toutes les régions du Québec, aux compétences des nouveaux arrivants, et en soutenant les travailleurs qualifiés dans leurs efforts d'insertion socio- professionnelle.

1.1 Les régions visées

Dans le but de satisfaire ma curiosité, à savoir où sont dirigés les quelques 50 000 immigrants que le Québec accueille chaque année, je brosse un tableau par région d'après un document publié par le ministère (2009). J'en conclus que les 259 communautés ethniques arrivées en 2009 ont été admises dans 17 régions administratives du Québec, dont plusieurs sont éloignées des grands centres où l'anglais est peu ou non existant. Cette stratégie d'aménagement linguistique permet aux immigrants d'assimiler plus rapidement la langue française. Par contre, plusieurs feront un retour vers Montréal, après un certain temps, afin de vivre le Québec multiculturel, et trouver un emploi.

2. Preuve de connaissance linguistique

Comme le statut d'immigrant passe par le gouvernement fédéral, le ministère à la Citoyenneté et Immigration du Canada présentait une nouvelle loi, en date du 1er novembre 2012, exigeant que les demandeurs âgés de 18 à 54 ans, désirant obtenir leur citoyenneté canadienne, indexent à leur dossier les résultats d'un examen linguistique, décerné par un organisme reconnu par le gouvernement fédéral, ou encore, présentent une preuve d'études secondaires, ou postsecondaires, suivies en anglais ou en français. Par la suite, les fonctionnaires filtreront une première fois les dossiers, et les demandeurs qui n'auront pas présenté une telle preuve de compétence linguistique verront leur demande refusée.

Il va sans dire que cette obligation s'avère économiquement avantageuse pour le Québec, puisque celui-ci n'aura plus à offrir de cours de langue gratuitement, et par le fait même, le nouvel arrivé sera susceptible de se trouver un emploi plus rapidement.

Ainsi, en participant au choix du candidat, le gouvernement du Québec se crée une obligation morale envers les personnes qu'il admet. Qu'il s'agisse d'un professionnel de la santé, d'un éducateur, d'un chercheur ou de toute autre profession, homme ou femme, l'État devra s'assurer que le candidat obtienne la formation nécessaire à l'emploi, selon les normes de la société québécoise.

3. Multilinguisme

Incidemment, l'Observatoire européen du plurilinguisme (OEP) veut se « défaire » du « monolinguisme anglais », une des deux langues fondatrices du Canada, avec le français! Encore faudrait-il tenir compte que la ville de Montréal répertorie maintenant quelques 200 langues, ce qui constitue 80% de la population immigrante. Plusieurs s'expriment en anglais faute de pouvoir le faire en français. Les adeptes du plurilinguisme, dont l'Unesco, Abdou Diouf, l'OEP et François Grin, entre autres, suggèrent d'apprendre deux ou trois langues nouvelles, en plus des deux langues utilisées régulièrement. Sans doute fidèles au Manifeste de Gérone (2) ! Donc, quelles langues devrait-on prioriser parmi les dix principales langues parlées dans le monde?

4. Manifeste de Gérone

L'article 1 de la Déclaration Universelle des Droits Linguistiques stipule que la diversité linguistique est un héritage universel qui doit être valorisé et protégé. L'article 5 poursuit en ajoutant que chaque communauté linguistique a le droit d'utiliser sa langue comme langue officielle dans son territoire.

Cependant, pour les immigrés qui choisissent le Québec comme territoire, ces articles entrent-ils en contradiction avec la loi 101, laquelle oblige tous les immigrants et les résidents issus d'autres nationalités à apprendre et à parler le français en public.

Évidemment, je suis d'accord avec l'article 7 qui stipule que la connaissance d'autres langues contribue à la connaissance plus approfondie de la langue maternelle. C'est ce que je constate lorsque j'enseigne les langues aux adultes dont la fin des études remonte à 20 ans.

5. Intégration et inclusion

L'intégration des immigrants doit être l'affaire de toute la société québécoise au nom de l'inclusion sociale, de l'égalité des chances, bref de la justice sociale. Ce doit être la responsabilité partagée entre la société d'accueil et la personne immigrante. Les immigrants n'ont pas à porter tout seuls le fardeau de l'intégration, déclare Doudou Sow (3), sociologue, qui habite le Québec depuis plus de 10 ans. Sow travaille à l'intégration professionnelle des immigrants, à l'action communautaire et à leur vie associative.

Le Ministère de l'Immigration et des Communautés culturelles utilise l'expression «Communautés culturelles» qu'il conçoit plus inclusive pour faire référence aux personnes immigrantes autres que françaises et britanniques nées au Québec.

Dans l'exercice de mes fonctions d'enseignement de l'anglais, j'ai eu l'occasion d'enseigner à quelques immigrants de langue française, d'où leur choix du Québec comme pays d'adoption. Cependant, plusieurs se sentent trahis parce qu'on leur a fait miroiter qu'au Québec, on travaille en français seulement, et qu'aucun employeur ne peut refuser une personne sous prétexte qu'elle ne parle pas l'anglais.

Incidemment, les statistiques montrent que le Québec importe 50% des États-Unis et exporte 20% vers les États-Unis, sans compter les multinationales dont la clientèle réside en Chine ou en Inde, et où l'anglais est la langue des affaires. Pour les échanges commerciaux, il est important d'avoir une connaissance suffisante de la langue pour pouvoir lire et comprendre les petits caractères, quasi illisibles, ajoutés habituellement en bas de page, lesquels ne sont pas sans importance!

En conclusion, j'ajouterais que les immigrants aimeraient que leurs compétences soient reconnues pour occuper des postes de prestige, soit dans l'industrie ou au sein du gouvernement. Évidemment, l'inclusion dans un poste élevé requiert des connaissances précises pour le poste convoité, en plus de la qualité de la langue. N'est-ce pas la responsabilité du gouvernement de former ces personnes. Après tout, c'est nous qui sommes allés les chercher!

MERCI!

Thérèse Caron

Références :

(1) Ministère de l'Immigration, de la Diversité et de l'Inclusion du Québec, Ministre responsable: Kathleen Weil, Gouvernement du Québec, www.micc.gouv.qc.ca/fr/ministre/?vi=1 Consulté le 16 juin 2014.

(2) Manifeste de Gérone, Les droits linguistiques, penquebec.org/2013/09/04/manifeste-de-gerone/. Consulté le 19 juin 2014.

(3) SOW, Doudou, Intégration : une responsabilité partagée entre la société d'accueil et la personne immigrante. Une réflexion sociologique (2014). Auteur auto-édité. 417 pages, ISBN 978-2-9814408-2-2, ISBN ÉLECTRONIQUE 978-2-9814408-3-9

(4) Éducation et francophonie, La légitimité de la diversité en éducation: réflexion sur l'inclusion, Association canadienne d'éducation de langue française, Vol. XXXIX : 2, automne 2011, www.acelf.ca, Consulté le 4 août 2014.

(5) Atti delle Prime Giornate dei Diritti Linguistici, Università di Teramo, 11-12 giugno 2007, A cura di Giovanni Agresti / Francesca Rosati, Les droits linguistiques en Europe et ailleurs, Linguistic Rights: Europe and Beyond (p. 9-57), Aracne editrice S.r.l., ISBN 978-88-548-2108-8
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Modification : 2015-07-26